
Les millésimes
Tout le monde se souvient du temps qu’il faisait lors du confinement durant les mois d’avril et mai 2020 … Il faisait un temps merveilleux, beau et chaud quand personne ne pouvait sortir. Maintenant essayez de vous rappeler quel temps il faisait début avril 2021 … Un épisode de gel avait sévi et dévasté les récoltes de celles et ceux qui cultivent la terre. Pour lutter contre le gel des bourgeons et des jeunes pousses, les viticulteurs ont allumé des braseros afin de réchauffer les rangs de vignes. Et avec ces images surprenantes, le monde découvrait la fragilité du travail de toute une année pouvant être réduite à néant par deux jours de gel.
Mais pourquoi je vous parle de ça ? Parce que ce sont ces événements climatiques qui marquent une année et qui, par conséquent, marquent un millésime.
Allons droit au but : un millésime, c’est l’année de la récolte du raisin utilisé pour produire un vin. Un vigneron qui récolte ses raisins en 2025 et le commercialise l’année suivante (ou l’année d’après en fonction du temps d’élevage choisi) indiquera sur l’étiquette 2025.
L’impact du millésime sur le vin :
Le climat, c’est l’élément clé. On distingue notamment deux grandes catégories : les années chaudes et les années fraîches.
Les années chaudes, à savoir ensoleillées et avec peu de pluie, comme le millésime 2020, confèrent aux raisins bien mûrs de la concentration, de la richesse et plus d’alcool. Un raisin bien mûr est plus gorgé en sucre et qui dit sucre dit alcool, donc un vin avec un taux d’alcool plus élevé.
Les années fraîches, où les températures plus basses sont accompagnées de pluie, comme le millésime 2021, donnent des vins plus légers avec une acidité plus marquée. Et pourquoi cela ? Parce qu’il est plus difficile d’atteindre la maturité du raisin par temps frais.
Il faut également prendre en compte tous les événements climatiques qui ont jonché l’année : la grêle, le gel et la sécheresse.
Puis il y a les années qu’on pourrait nommer “mixtes” comme le millésime 2016 où l’année débute avec beaucoup d’humidité, où l’été éloigne les inquiétudes liées aux maladies pouvant se développer, un été chaud, sec mais durant lequel 3 mois de sécheresse font planer la menace du stress hydrique, ce moment où la vigne manque d’eau et paralyse sa maturité. Durant l’année 2016, ce qui vient contrebalancer tous ces curseurs placés au maximum, ce sont les nuits fraîches.
Mais attention, ceci n’est pas vrai de manière universelle. Le climat n’étant pas le même d’une ville à l’autre, d’un rang de vigne à l’autre, pourquoi un millésime serait-il le représentant de tout le vignoble français ?
Un millésime, plusieurs influences :
D’une appellation à l’autre, le millésime n’a pas le même impact et pour démontrer ceci, nous allons prendre un exemple : les vins de Bordeaux. Plus spécifiquement, les vins rouges de Bordeaux et les vins blancs liquoreux de Bordeaux, qui n’ont pas les mêmes besoins climatiques. Pour la production de vins blancs liquoreux, la pluie est nécessaire pour l’apparition du botrytis, la pourriture noble responsable du flétrissement des baies et de la concentration en sucre de ces dernières. Tandis que pour la production de vins rouges, la pluie est un véritable fléau, apparaît alors le botrytis et par son biais la pourriture grise (celle-là on ne l’aime pas du tout) qui a pour effet principal de faire pourrir les raisins. Et pourtant, à la base de tout cela, il s’agit du même champignon, le Botrytis cinerea, et de la même région.
Dans ce cas précis, le climat (pluie et vent pour aérer les grappes), le moment de la saison et les variétés de raisins sont primordiaux. Pourquoi le cépage est important ? Parce que le botrytis a une préférence pour les cépages blancs.
Par conséquent, sur un millésime pluvieux comme 2021, les vins blancs liquoreux de Bordeaux s’avèrent exceptionnels et les vins rouges de Bordeaux, moins intéressants. Ce n’est pas systématique mais c’est à prendre en compte lorsqu’on sélectionne des bouteilles.
Qu’est-ce qu’un bon millésime ?
Il n’y a pas de bon ou de mauvais millésime à mon sens (ni de bonne ou mauvaise situation d’ailleurs), il y a des millésimes chauds, des millésimes frais, des millésimes mixtes (de plus en plus d’ailleurs), des appellations à privilégier sur certaines années et des profils de vins différents, qui sauront satisfaire le plus grand nombre.
Les amateurs de vins frais et acidulés se pencheront vers des millésimes frais comme 1996, 2008, 2021. En sélectionnant correctement les cuvées, on peut conserver en cave de très beaux vins d’Alsace ou de Champagne sur ces millésimes d’une longévité rare.
Les amateurs de vins riches et concentrés, aux fruits bien mûrs, se tourneront vers des millésimes comme 2018, 2019, 2020, 2022. Des vins qui peuvent être gardés en cave mais qui évolueront plus rapidement que leurs confrères des millésimes frais ; en sélectionnant soigneusement les cuvées, le millésime 2020 possède un fort potentiel de garde.
Et vous, vous savez quels styles de millésimes vous aimez ?
Un deuxième volet de cet article est prévu pour se concentrer sur les vins de garde, les définir et quelques conseils pour une sélection pépite, comme on dit.



