Le vin bouchonné

Votre bouteille préférée n’attend plus que vous et la fin de votre journée interminable et là … c’est le drame, ce vin que vous aimez fruité, gourmand, légèrement poivré ne révèle rien de tout ça. Vos arômes favoris ont laissé place à une odeur de carton mouillé, de moisi, comme si ce vin était poussiéreux. Il semble que votre vin soit bouchonné.

Rien de dangereux, mais évitez tout de même de trouver une seconde vie à votre vin bouchonné en l’utilisant pour une sauce car contrairement aux idées reçues : pour faire une bonne sauce il faut un bon vin.

Avant de venir perturber votre apéritif, ce vin bouchonné a fait du chemin. Voici son histoire.

Le goût de bouchon concerne les vins fermés avec des bouchons de liège dans 95 % des cas. Ce phénomène est causé par la molécule TCA (Trichloroanisole) qui se développe dans la moisissure du bois, notamment l’écorce de chêne-liège. Le hasard d’une rencontre entre la molécule TCA et des composants chlorés, utilisés pour nettoyer et blanchir les bouchons, pour traiter les fûts de chêne, nettoyer certaines installations …

Mais le bouchon de liège ne peut pas être tenu pour seul responsable. D’autres éléments de la cave peuvent être contaminés comme les barriques, les cuves, les tuyaux … Un vin n’ayant jamais vu de bois ni dans son bouchon, ni dans son élevage peut être contaminé, aussi étonnant soit-il.

La molécule TCA n’est pas une substance naturelle, elle est produite par la réaction entre des chlorophénols et des moisissures. L’infection peut avoir lieu dès l’arbre d’origine, pendant le processus de fabrication ou de stockage car l’atmosphère humide des chais se prête à la prolifération des champignons.

Cet état du vin est irréversible, attention à tous les gadgets qu’on tente de vous vendre pour sauver votre vin bouchonné, il n’y a rien à faire. S’il y avait une recette miracle, elle aurait déjà été adoptée par tous les vignerons de France. Carafer le vin n’aura aucune incidence, faire tremper du film alimentaire dans le vin non plus si ce n’est y ajouter un goût de plastique.

Maintenant que votre bouteille est là, ouverte et prête à être jetée dans l’évier … Goûtez et entraînez votre palais à déceler le goût de bouchon, car cette fois vous l’avez senti mais peut-être que vous êtes déjà passé à côté. Un vin peut être fortement altéré par la contamination ou subtilement altéré, certaines personnes peuvent ne pas remarquer un léger goût de bouchon. Alors expérimentez, sentez, mémorisez jusqu’à ce que le goût de bouchon n’ait plus aucun secret pour vous.

Avant de jeter la totalité de la bouteille, renseignez-vous chez votre caviste s’il peut procéder à un échange, c’est souvent chose courante.

Le bouchon de liège naturel étant majoritairement responsable, d’autres options pour fermer les bouteilles sont utilisées : le bouchon synthétique ou la capsule à vis par exemple. En France, par tradition et par scepticisme, la capsule à vis a encore parfois du mal à s’implanter mais en Nouvelle-Zélande 90 % de la production est embouteillée de cette façon. En Australie, le domaine Penfolds a opté pour des capsules à vis pour ses grandes cuvées propices à un vieillissement d’une vingtaine d’années. Des observations montrent à ce jour que la capsule à vis assure un bon vieillissement des vins, un vieillissement homogène des bouteilles, laissant passer un peu d’air et promet un peu plus de constance et moins de hasard par rapport au bouchon de liège. Néanmoins, une bouteille fermée par un bouchon de liège avec un apport en oxygène plus élevé permettra un vieillissement plus rapide qu’avec une capsule à vis.

La capsule à vis n’est pas l’ennemi du vieillissement, elle mériterait un peu plus de considération et le vin qu’elle contient mérite toute notre attention.

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