Domaine Weinbach

Ce rendez-vous est pris depuis des mois, la joyeuse équipe se rend au Domaine Weinbach à la rencontre d’Eddy Faller. Nous voici à Kaysersberg en Alsace, un dimanche d’octobre légèrement pluvieux.

Nous arrivons dans un ancien monastère appartenant aux moines capucins, tombé dans le bien national et racheté par le grand-père d’Eddy et son frère en 1898. Nous sommes accueillis dans une pièce typique avec des boiseries, des photos de familles qui recouvrent les murs et les buffets, et la pièce maîtresse, un Kochelofe, un poêle en faïence, typique d’Alsace et des pays germaniques, sa particularité est de restituer pendant de longues heures la chaleur d’une seule flambée.

Au domaine Weinbach, Catherine Faller dirige le domaine de 38 hectares avec ses deux fils Eddy et Théo. Théo se concentre sur le travail dans les vignes, tandis qu’Eddy est en cave avec Ghislain Berthiot, le maître de chai. En parlant de la cave, pour la petite anecdote, elle est située dans l’ancienne chapelle du monastère.

Lors de notre visite, les rieslings et pinots gris 2025 sont en cours de fermentation. Le domaine privilégie les levures indigènes et pratique la fermentation malolactique. Il s’agit de la transformation de l’acide malique en acide lactique afin d’assouplir le vin, de lui apporter plus de rondeur et de diminuer l’acidité. Continuons notre périple dans la cave, le sylvaner qui était en œuf béton en 2024 est en barrique désormais pour expérimenter. Eddy profite de cette visite pour vérifier l’avancée de la fermentation du Gewurztraminer Grand Cru Furstentum en vendanges tardives, il faut contrôler sa densité. Si on veut garder de la sucrosité dans le vin, on ne voudra pas atteindre une fermentation totale. La densité d’un jus de raisin est de 1,100 kg tandis qu’un vin qui a fini de fermenter se situe à 900 g. C’est dans cet entre-deux que va devoir se situer ce vin.

En sortant de la visite de la cave, Eddy nous emmène aux pieds des vignes et nous fait l’inventaire de la gestion des parcelles et de l’encépagement de ces dernières. Sur le Grand Cru Schlossberg, que nous apercevons au loin, le domaine possède 12 hectares et y a greffé des syrahs et grenaches sur des vignes de 25 ans d’âge. Je suis déjà impatiente de goûter ces cuvées un jour. Sur le Grand Cru Marckrain sont plantés des pinots noirs et les cuvées issues de ce cépage sur ce Grand Cru sont à découvrir et à déguster, les plus beaux pinots noirs d’Alsace proviennent d’ici.

Une grande et belle dégustation de la gamme nous attend, on rejoint la pièce par laquelle nous sommes arrivés, qui jouxte la grande cuisine familiale.

Voici la version appliquée de mes notes prises ce jour-là.

Pinot noir, Colline du Château, 2022 :

Ce pinot noir issu de sol granitique et d’un millésime solaire, bien que frais en Alsace tout de même, est d’une grande complexité. Le nez est marqué par la cerise et la groseille. Un vrai régal pour les papilles. Un maximum de 1 300 bouteilles sont produites sur une année normale.

Pinot noir, Altenbourg, 2022 :

Cette cuvée est issue d’une parcelle marno-calcaire à la limite du Grand Cru Furstentum. Le pinot noir y développe plus de rondeur mais avec des tanins plus accrocheurs. Les millésimes 2022 ont besoin de deux ou trois années encore pour s’assouplir, se révéler.

Les vignes du Prêcheur, 2023 :

Plus original qu’original ! Il ne s’agit pas d’un assemblage mais d’une double co-fermentation.

Les rieslings, sylvaner et muscat sont pressés et fermentés ensemble. Les pinots auxerrois et pinots gris sont pressés et fermentés ensemble. Eddy nous indique qu’il y a très peu de manipulations, un peu de soufre ici et là, ici ce n’est pas du vin technologique, c’est du vin spontané.

Idéal pour la saison des asperges, sur des apéritifs ou des sauces hollandaises.

On profite d’une petite pause dans la dégustation, le sujet du changement climatique arrive sur le tapis et Eddy nous explique son point de vue, qu’en Alsace nous sommes armés avec nos cépages et la diversité géologique, que d’ici 20 ans un pinot gris vinifié en monocépage sera “lourdeau” et qu’il faudra remplacer les pieds morts par des pieds de pinot blanc, qui mûrit en même temps pour apporter de la fraîcheur. Après ces échanges très instructifs, nous reprenons la dégustation.

Riesling, Cuvée Théo, 2023 :

La cuvée Théo s’illustre par son riesling très aromatique et sa fine minéralité. Les raisins proviennent du clos autour du domaine planté sur des sables.

Le vin idéal pour les gens qui auraient peur du riesling et de sa minéralité trop pointue.

Riesling, Cuvée Colette, 2023 :

Cette cuvée n’a rien à voir avec la précédente. Ici, on retrouve la typicité du riesling, plus incisif, plus vertical. Sublime, tout ce que j’aime personnellement !

Riesling, Grand Cru Schlossberg, 2023 :

Un riesling gras, onctueux, vif en final. Un très grand vin !

Deux foudres sur trois ont mis 14 mois à finir leurs sucres, donc le vin est resté sur lies totales, ce qui lui confère cette palette aromatique.

Riesling, Grand Cru Schlossberg, Sainte Catherine, 2023 :

Un riesling issu de vignes d’environ 70 ans. Ça date, mais dans le vin, on travaille toujours pour les générations suivantes. Ce vin possède une trame d’agrumes avec beaucoup de matière, mais il a besoin de plus de temps que le précédent qui était assez immédiat dans l’expressivité de ses arômes.

Riesling, Grand Cru Furstentum, 2023 :

Les vignes sont récupérées en 2019 et le millésime 2023 est le premier revendiqué, les autres années le vin était déclassé. Très prometteur, très aromatique et beaucoup de vivacité.

MVØ, Macération Vogelgarten Ø Intrants, 2023 :

Il s’agit d’une macération de deux tiers de gewurztraminer et un tiers de pinot gris, sans rafle, c’est-à-dire le corps, la structure de la grappe de raisin. Un élevage en foudre et une vinification nature, pas de soufre, pas de filtration, offrent au vin des amers très sympas, de la gourmandise et un très bel équilibre avec une fin de bouche sublime. Les arômes de litchis nous appellent à y retourner.

Ce vin serait parfait sur une bouillabaisse, une bisque ou même un lapin avec un jus réduit aux agrumes. Gros coup de cœur.

Gewurztraminer, Les Treilles du Loup, 2023 :

Un vin très parfumé, aux notes de roses. Travaillé à peine demi-sec, très frais, très digeste. Le sucre résiduel se situe entre 9 et 12 g. C’est très fin.

À accorder sur des plats avec du raifort ou du wasabi.

Gewurztraminer, Grand Cru Furstentum, 2023 :

“C’est plus du Furstentum que du Gewurztraminer, c’est le terroir qui prend le dessus sur le cépage” Eddy Faller.

Un gewurztraminer plus puissant que le précédent, plus racé, mais pas lourd, tout en restant très digeste avec 23 g de sucre résiduel.

Le patron du restaurant dans lequel on prévoit de déjeuner nous rejoint, l’équipe étant complète, il se joint à notre dégustation et nous abreuve d’anecdotes, encore un beau moment de convivialité au cœur du magnifique vignoble alsacien. Nous terminons avec la dégustation de ce grandiose…

Pinot Gris, Altenbourg, Sélection Grains Nobles, 2002 :

La couleur est ocre, presque rouille. On sent le raisin de Corinthe à fond et l’abricot confit. L’aspect sucre est fondu, un tel équilibre, c’est dingue. Une petite acidité vient nettoyer le palais sans le saturer.

S’ensuit un déjeuner fort agréable au restaurant Bratschall Manala à Kaysersberg, au fil de conversations passionnantes et d’une carte des vins fameuse. Une choucroute et un profiterole plus tard et il est déjà plus de 16 h. Le temps n’avait pas d’emprise sur cette tablée dont les sujets voguaient entre la viticulture en Alsace, l’accès à la propriété, les voitures autonomes, le Japon…

La joyeuse équipe repartait, laissant ce joli moment en compagnie d’Eddy devenir un souvenir mémorable.

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