
La biodynamie
Si je devais résumer l’agriculture biodynamique, je dirais que c’est l’homéopathie du vin. C’est simple, concis, et tout le monde sait où se placer vis-à-vis de cette pratique. Mais c’est un peu plus complexe que ça, et le sujet mérite qu’on s’y attarde.
La biodynamie implique de considérer la terre cultivable comme un être vivant en évolution, de garantir la santé des sols et des plantes, et d’utiliser la nature pour soigner la nature.
Avant l’ère industrielle et la course à la surproduction, on s’intéressait au respect de la terre. Puis vint la dégradation des sols et des écosystèmes avec une utilisation effrénée des pesticides et autres engrais chimiques.
Les principes de la biodynamie ont été énoncés en 1924 par l’Autrichien Rudolf Steiner lors d’une série de conférences intitulée Cours aux agriculteurs, alors qu’il n’était ni issu du milieu agricole, ni professionnel. Il s’agit d’un personnage très controversé pour ses relations avec le régime nazi et ses idées suprémacistes (séparer l’homme de l’artiste, tout ça, tout ça). L’anthroposophie, sa doctrine, est un mouvement de pensée qui se veut proche de la nature, anti-médecine, dans un monde guidé par des forces spirituelles. C’est pourquoi la MIVILUDES (l’organisation gouvernementale de lutte contre les dérives sectaires) avait épinglé la médecine anthroposophique dans son guide Santé et dérives sectaires en 2012. Le tribunal administratif de Paris avait ensuite invalidé ce recensement. Bref, la biodynamie est inoffensive, mais elle découle de certaines thèses anthroposophiques, incluant des pratiques considérées comme ésotériques.
Et si vous n’avez pas arrêté de lire à ce stade, nous allons pouvoir détailler le sujet.
Les fondements de la biodynamie s’appuient sur trois principes. Le premier est que l’exploitation agricole doit être considérée comme un ensemble, un écosystème où les végétaux interagissent et dépendent les uns des autres. Le deuxième principe traite de la fertilisation des sols sans produits chimiques dangereux : les préparations à base de plantes médicinales, le fumier et le lisier sont privilégiés afin de conserver l’équilibre minéral et énergétique des sols. Le troisième principe, souvent le plus décrié, s’intéresse au rythme des saisons et aux influences des rythmes cosmiques. L’astrologie est à la base du calendrier biodynamique suivi par les jardiniers et agriculteurs, afin d’accomplir une tâche en fonction du jour qui lui est accordé au rythme des astres. On y différencie les jours fleurs, les jours fruits, les jours racines… D’ailleurs, il est déconseillé de déguster un vin un jour racine. Petite mission : la prochaine fois que vous buvez un vin que vous connaissez et que vous estimez qu’il ne goûte pas comme d’habitude, vérifiez si ce n’est pas un jour racine.
La biodynamie a pour objectif de régénérer la santé des plantes et la biodiversité afin de prévenir les parasites et les maladies. Comment faire ? Grâce à des méthodes simples et à la dynamisation, une pratique proche de l’homéopathie. Des préparations (tisanes, composts) sont diluées, mélangées à grande vitesse, puis pulvérisées sur les vignes. Par exemple, l’ortie est un anti-parasitaire très efficace, tandis que la prêle est excellente contre les maladies fongiques.
Quant aux méthodes simples, les sols sont travaillés sans mécanisation, un système de rotation des cultures permet de limiter l’usure des sols, les sulfites (utilisés pour la conservation du vin) ne sont pas autorisés contrairement à l’agriculture biologique, et des préparations médicinales à partir de matières organiques sont utilisées pour protéger et renforcer les sols. Ces dernières ont su séduire les sceptiques, car certains utilisent désormais le compost et la polyculture tout en pratiquant l’agriculture biologique.
Bien que les bienfaits soient adoptés par de nombreux viticulteurs, la biodynamie reste définitivement plus de l’ordre de la croyance que du fondement scientifique. Une telle « philosophie » nécessite un peu d’ouverture d’esprit (mais pas trop, parce que n’oublions pas que Rudolf Steiner, ce n’est pas un gars super) !
On a tout intérêt à s’inspirer de ces façons de voir la culture pour améliorer la qualité des aliments produits. De la qualité et de la richesse des sols dépendent la qualité du raisin… et donc du vin.


