
Domaine Wach
À une trentaine de minutes de Strasbourg, dans le village d’Andlau, nous retrouvons Pierre Wach et Jessica Ouellet. L’accueil est à leur image : un mélange entre la convivialité alsacienne et canadienne. Pierre est la 7e génération sur ce domaine, qui fut aussi connu sous le nom de Domaine des Marronniers, puis Domaine Guy Wach avant de devenir simplement Domaine Wach, domaine familial par excellence.
Après une visite de leurs installations, très bien pensées et aménagées, nous nous installons dans la salle de dégustation. Une grande table trône fièrement dans cette pièce habillée par les poutres et les boiseries sculptées par le grand-père, à l’origine de la rénovation mais aussi de la création des étiquettes du domaine. Avant le déjeuner, nous entamons la dégustation de leur gamme, que nous connaissons déjà mais que nous nous réjouissons de goûter à nouveau. L’expérience de la dégustation est très changeante en fonction du lieu, de la verrerie utilisée et du moment de la journée.
Le Crémant rosé sort du lot, vineux et dévoilant de douces épices. En laissant l’imagination voguer vers des plats qu’on accorderait à cette jolie bulle, ce sont la paëlla et la bisque de homard qui remportent tous les suffrages.
Vient le tour des Rieslings, en passant par les trois Grands Crus d’Andlau. Le Wiebelsberg (ou Montagne des femmes, pour traduire l’alsacien) et son sol de grès orientent les Rieslings vers un bel aspect minéral. Ce vin, d’une longévité extraordinaire, mérite une petite place en cave pour les dix prochaines années.
Le Kastelberg, quant à lui, avec son terroir de schiste, révèle une grande pureté et une trame saline. La parcelle du Kastelberg est plus chaude et plus venteuse que les autres, ce qui donne des vins plus austères dans un premier temps mais exceptionnels lorsqu’ils se dévoilent. Pour la petite anecdote, il s’agit du seul Grand Cru sur sol de schiste et du deuxième plus petit Grand Cru d’Alsace après le Kanzlerberg, à Bergheim.
Nous passons au Moenchberg, ou Colline aux Moines, qui révèle un vin structuré et légèrement iodé, complexe dans son approche mais se dévoilant peu à peu. Mon petit coup de cœur lors de la dégustation, qui se confirmera quelques mois plus tard en le dégustant à nouveau : mêmes sensations, mêmes émotions, sans savoir les expliquer.
Comme une ode à la mosaïque de la palette aromatique alsacienne, nous abandonnons l’agrume du Riesling pour nous pencher vers la famille plus fruitée des Pinots.
Étonnant et peu traditionnel, le Pinot blanc « Barriques » est issu d’un élevage de 12 mois en demi-muids. Rien à voir avec ce que l’on connaît : plus opulent qu’un Pinot blanc classique, le bois est très bien intégré, accompagné de belles notes fruitées mais discrètes, et la finale est très plaisante, avec un léger côté oxydatif. Immédiatement, le simple fait d’imaginer l’accord sur les fromages fondus, raclettes et autres tartiflettes régale nos papilles en plein mois d’avril.
On continue la dégustation avec un vin orange, le Pinot gris « Macération ». Sa couleur soutenue, presque corail, est liée à une longue macération à froid. Cette cuvée a toutes les qualités d’un vin rosé, blanc et rouge en même temps : la gourmandise, la fraîcheur et la structure, le tout en restant bien sec. Halte aux accords liquoreux avec le foie gras : privilégiez cette cuvée, qui va vous épater (et ajoutez un petit chutney de figues pour les plus gastronomes).
C’est en passant au Pinot noir, avec la cuvée Spleen issue d’une vinification sans sulfites ajoutés, que nous débutons le déjeuner autour d’un buffet de mezzés libanais, fromages français et charcuteries. Une association on ne peut plus originale, qui a ravi tous les palais. Spleen est un rouge à carafer et à déguster dans des verres bien larges, l’oxygène lui permettant de mieux révéler ses arômes. Il séduit par l’onctuosité de ses tanins et par ses notes de petits fruits rouges. Loin du classique et traditionnel Pinot noir alsacien, Spleen est résolument moderne, empreint de fraîcheur, structuré et doté d’une finale acidulée.
Mention spéciale à Pierre, dont l’humour est presque aussi tranchant que ses vins, et à la plume de Jessica, qui est une véritable source d’inspiration.
Ces moments de partage et d’échanges avec celles et ceux qui font le vin, c’est mieux comprendre leur philosophie, leur façon de travailler et leurs cuvées. L’humain derrière le vin, c’est tout ce qu’on ne décèlera jamais à la dégustation et qui, pourtant, change toute notre perception.


